J’avais abordé pour vous, il y a quelques semaines, le cas du « Los Angeles 5/10″, disque de mi-parcours de la LA Series de All City Records sur lequel s’étendaient et se complétaient sans grande peine les productions du duo Carlos Y Gaby et celles du producteur Gifted & Blessed. A la sortie du disque, en mai dernier, je venais d’entrer en collision frontale avec les réalisations sonores de G&B, a.k.a. Gabriel Reyes-Whittaker via la publication de « The Xpander EP », 12″ en autoprod. au feeling résolument techno dub parmi les meilleures productions du genre à m’être tombées entre les mains ces derniers temps. Il ne fallut pas bien longtemps pour que je comprenne que j’avais été exposé par petites touches, ici et là, depuis 2004-2005, aux productions de GB sans le savoir (ou simplement sans m’en souvenir). D’abord via ses réalisations pour le défunt Sound In Color puis son duo avec The Ruckazoid, a.k.a. l’excellent mais très étrange Ricci Rucker, avec qui il fonde Poly et balance deux maxis sans jamais pousser plus loin (Ricci Rucker semblant désormais ne faire qu’un avec un trou noir dimensionnel duquel il n’est plus en mesure de publier quoi que ce soit depuis 2006, plus ou moins).
En dépit de ces réalisations, G&B revient clairement aux affaires depuis l’année passée en publiant régulièrement de nouveaux éléments s’inspirant de racines dispersées dans toutes les directions pour les assembler et les voir ne faire qu’une avec sa pratique avancée d’un habile mélange des genres jamais putassier. En témoigne ses plus récentes sorties mises à disposition gratuitement via sa page Bandcamp. Notamment « Raices Africanas », ou comment faire cohabiter des techniques de collages électroniques et les pratiques musicales africaines traditionnelles et ancestrales sur 17 minutes d’un voyage dans l’espace pour combiner deux approches pour le moins distantes historiquement parlant.
La dernière sortie de G&B se présente sous le patronyme un peu barbare de « Zerrissenheit », mot emprunté au psychologue et philosophe américain William James pour désigner le fait de se trouver mentalement perdu, brisé en mille morceaux et en état de confusion totale. Si G&B y va de sa petite justification du titre, c’est avant tout pour le symbole et offrir un minimum de contexte aux 3 morceaux combinés sur ce mini-EP. Sans surprises, « Zerrissenheit » est, à mes yeux, une nouvelle escapade plaisante dans l’univers inamical mais complètement intriguant de G&B. Le producteur y dévoile sa passion pour les mélanges improbables, cette rythmique inaltérable couplée à un bourdon qui va et vient et un riff de guitare obstiné qui se répète encore et encore, au fur et à mesure que ‘Logismos’ avance inexorablement. ‘Simul Justus Et Peccator’ offre une plongée dans un beat aux accents hip-hop très prononcés mais qui révèle, s’il était besoin de le faire, toute la qualité des productions de G&B et le degré d’illustration que véhicule sa musique. « Zerrissenheit » est une petite friandise de qualité, que l’on dévore toujours à la même heure, de la même manière, dont la répétition du contexte alentour rend encore plus délectable ce bref moment musical tant on sait qu’il sera suivi, sous peu, par d’autres productions du même genre.
Dans l’attente de voir publiée la seconde partie de l’interview avec nos amis Teddybear et DTracks de chez Dezordr Rec., je ne pouvais décemment pas passer outre la publication du cinquième volet des « Dezordr Sessions » la semaine passée; d’autant qu’il s’agit peut-être du meilleur volet généreusement offert à ce jour. Du moins, à n’en pas douter, le volet étrangement le plus homogène et cohérent en dépit de l’existence toujours avérée de cette caractéristique d’ouverture et éclectisme propre aux activités régulières du label. Pour ce « Dezordr Sessions 5″, ont été conviés des personnages aux ambitions musicales éclatées: l’ouverture ambient et doucoureuse au piano de Bye Horus, les collages de samples dans tous les sens de Aas Der Basis, l’excellent ‘Norm 330′ tout shoegazé et venu d’outre-tombe des Rennais de Lady Jane ou l’inédit de Stekri, membre fondateur de Dezordr, à voir le jour sur un LP d’ores et déjà prévu pour 2011. Fidèle à ses prédecesseurs, « Dezordr Session 5″ est l’occasion de découvrir une quinzaine de musiciens aux parcours et trajectoires disparates mais possédant tous, à quelques exceptions près, un univers qui leur est propre et une personnalité affirmée dans le morceau retenu pour figurer sur ce cinquième volet. Saluons, par ailleurs, le travail d’assemblage et d’homogénéisation qui rend cette « Session » pertinente de bout en bout et proposant un cheminement logique, jamais déconnecté de la réalité du disque, qui ne souffrira pas d’une écoute d’une traite, de A à Z, sans n’oublier personne. Enfin, puisqu’il est coutume d’y prêter une attention soutenue chez Dezordr, les dessins de Delphine Priet-Mahéo apportent une touche supplémentaire d’identification et de ce malaise grisâtre et quelque peu cafardeux propre à la plupart des productions du label. Nous ne voyons plus aucunes raisons de ne pas vous complaire dans l’univers bigarré, foutraque mais maitrisé et pour le moins inspirant des « Dezordr Sessions ».
Enfin, une fois n’est pas coutume, je vous recommande chaleureusement l’écoute approfondie du dernier podcast proposé gratuitement par l’excellent Saturn Never Sleeps de King Britt (on ne le dira jamais assez). Outre proposer nombre de mises à jour plus qu’intéressantes, quelques sorties intéressantes et un univers centré sur l’expérience musicale et la composition/production, SNS revient régulièrement avec quelques éléments sonores mixés et offerts généreusement. En témoigne le dernier podcast à ce jour, le treizième, qui met en lumières la musique de la new-yorkaise Val-Inc. La seule fois où je tombai nez à nez avec la musique de Val-Inc., c’était dans le cadre de remix réalisés pour l’excellent jazzman Craig Taborn vers 2004 ou 2005. Plus une femme de performance que de disque, Val-Inc. est une percussionniste / ingé son doublée d’une turntablist d’origine haïtienne. Et son parcours de musicienne orientée sur les rythmes, qu’ils soient d’essence traditionnelle ou carrément technoïde, s’en ressent sur la durée des 10 morceaux qui composent le podcast. Cet « afro electronica », comme Val-Inc. l’appelle elle-même, s’exprime tour à tour sur ‘Shining Through’, remix d’un morceau pré-cité de Craig Taborn, et sur une série de remixs/réinterprétations d’artistes moins exposés, sûrement proches, au moins intellectuellement, de l’esprit tribal/techno de la musicienne. Un peu court (une vingtaine de minutes) mais pleinement vecteur de l’unité musicale de Val Jeanty et des shows qu’elle a mené aux quatre coins de l’Europe pour divers évènements artistiques. Une nouvelle découverte de qualité signée Saturn Never Sleeps. Merci à King Britt et sa bande.
L’allemand n’est pas Barbare. Déjà faut commencer par là mon coco si tu veux pas que je te botte le train :D. D’après Leo Zerrissenheit signifie déchirement ou discorde.
Je vais voir cela. Sinon le Podcast 13 de SNS est bien plaisant.
Un psy américain qui utilise un mot allemand pour définir un concept de confusion mentale, ça ne peut être que barbare. :o
C’est juste que papa Freud était allemand et que l’allemand est une langue plus pratique pour désigner précisément quelque chose (sans avoir usage d’une image, ce pour quoi le français est parfois supérieur).