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Articlé publié le 17 nov 2010 par .

Classé dans Interviews.

Interview: Albane / DyN

Dés le premier coup d’œil, impossible de nier que DyN a.k.a. Albane transporte l’observateur dans un univers qui lui est propre, peuplé de références à mi-chemin entre le vintage et le fantastique; le tout assemblée en des fresques faussement défraichies et incroyablement actuelles. Éprouvant son talent et son inspiration principalement sur le territoire musical, Albane trimballe ses personnages étranges et son monde quasi apocalyptique de pochette de disque en affiche pour les concerts organisés par l’association parisienne Submass. Plébiscitée aujourd’hui par bon nombre de musiciens évoluant dans le gouffre du Web rapologique, Albane a accepté de se prêter au jeu de l’interview. L’occasion de mettre en avant une jeune graphiste au talent indéniable que Substance-M ne pouvait pas laisser passer.

DM: Depuis combien de temps pratiques-tu la  création graphique / le dessin? J’imagine que tu as un job à côté ou tu ne fais que de l’illustration toute la journée?

Albane: J’ai commencé l’illustration il y a 6 ans environ pendant mes études d’art sappliqués. Mais malheureusement je n’en vis pas. Du moins pas encore… Avis aux agence d’illustrateurs qui sont intéressés par mon travail! Pour gagner un peu ma vie je bosse en tant que graphiste freelance dans différentes agences de communication. Je crée des brochures, plaquettes et logos. La plus part du temps c’est pas très créatif, mais on n’a pas toujours ce qu’on veut!


DM: Je ne suis pas particulièrement connaisseur en la matière mais pourquoi un tel parti-pris disons « abstrait / fantastique » dans tes créations? C’est spontané ou tu t’es déjà interrogé volontairement sur ce choix?

Albane: J’ai toujours aimé les peintres surréalistes et les illustrateurs un peu barrés! J’aime observer une peinture qui n’a des fois aucun sens ou qui est incompréhensible. Ca laisse imaginer ce qu’on veut, chacun à sa propre vision. Je trouve ça beaucoup plus intéréssant!

DM: Est-ce qu’on peut résumer ton « style » à un mélange habile de vintage et de moderne dans un ensemble qui mélange réel/irréel en permanence? Tu surfes régulièrement sur ces codes dans ce que tu fais. De même, tu fais beaucoup appel à quelque chose qui pourrait s’apparenter à des collages, non? Plusieurs éléments qui dénotent mais qui, les uns à côté des autres, donnent une ambiance particulière au tout.

Albane: Oui, j’utilise la plus part du temps beaucoup de photos des années 60s, 70s. Je les trouve plus esthétiques. Les objets et l’architecture sont plus épurés, les personnages plus expressifs et j’adore surtout les couleurs. L’idée du collage, je ne me souviens plus trop comment c’est venu.
J’aime beaucoup la photographie, à l’époque je collectionnais les photos d’usines désaffectées, ainsi que des maisons et châteaux abandonnés. Et j’ai eu l’idée d’intégrer des personnages que j’avais dessiné dans la photo pour leur donner une seconde vie et une histoire. Je pense que ça vient de là.

DM: Est-ce que tu pourrais citer quelques influences graphiques que l’on retrouve chez toi? Ou tu ne te poses jamais vraiment la question? Disons: qu’est-ce qui t’a fait te dire un jour « Je veux être capable de faire pareil! » ? Par ailleurs, tu as eu un parcours disons « académique » en matière d’illustration ou c’est réellement en autodidacte que tu as développé cette passion?

Albane: Comme je l’ai dit plus haut, j’ai fait des études d’art appliqués et de graphisme et nous avions des cours d’illustrations. Donc oui je pense que ça m’a aidé et surtout fait mûrir dans mon travail. Pour ce qui est de mes influences, en matière de collage car les autres style j’en ai beaucoup..  J’ai bien sur Jean Lecointre et Julien Pacaud qui a fait les dernières pub SFR et pas mal d’illustrations pour Le Monde. Ils utilisent eux aussi des photos vintages mais en donnant un style collage à la main, plus naïf. Contrairement à eux j’essaye d’avoir un rendu plus réaliste au niveau des ombres et des perspectives ainsi que dans la composition de l’image.

DM: Explique nous comment tu en es venue à concentrer une bonne partie de tes créa’ autour de l’univers musical en faisant appel à quelques éléments un peu symboliques du genre (disques, instruments, matériel…). Ça remonte à quel moment à peu près? A l’époque de tes premières covers pour Sayem, Sandpeople, Red Ants… vers 2007 ou il y avait déjà des précédents?

Albane: Ma passion pour le hip hop est aussi importante que l’art, et quand Myspace est arrivé ça a changé ma vie! J’avais accès à tous les rappeurs et producteurs que j’écoutais depuis des années en un simple clic. J’ai donc envoyé des messages aux artistes que j’appréciais. A l’époque Myspace me servait de portfolio, certains curieux comme The Opus et Existereo ont été les premiers à me solliciter pour faire leurs pochettes. Bon, Existereo à ce moment là était plus axé sur la piquouse.. donc ça n’a pas donné suite. Par contre le « Blending Density » de The Opus s’est concrétisé et fut ma première pochette. Ensuite tout s’est enchainé : Sayem,Red Ants, Sandpeople, Project Dark, ID Obelus, Noah23, Avatar…

DM: En parlant d’influences, musicalement parlant comment tu t’es rapprochée de ces artistes pour le moins confidentiels pour la plupart? Comment tu as découvert tous les rappeurs/producteurs avec lesquels tu as travaillé ces dernières années? Quel a été ton parcours musical, en quelque sorte.

Albane: En ce qui concerne mon parcours musical… Je l’ai fait grâce à Soulseek! L’oiseau bleu était mon disquaire… gratuit. Je faisais partie d’une room qui s’appelait « Peanuts&Corn » (ndr: cf. le label canadien du même nom) avec Debmaster, Roma et d’autres.. et on s’est partagé vraiment beaucoup de sons! J’ai fait ma culture hip-hop comme ça! Bon je te rassure en contre partie j’ai acheté énormément de disques, et j’allais à tous les concerts (intéressants) pour supporter les artistes! J’ai même mangé des pâtes au beurre pendant un bon bout de temps car tout mon argent passait là dedans.

DM: En dehors de ça, tu fais partie de la petite poignée de personnes derrière l’association Submass qui organise des concerts sur Paris au Twenty One Sound Bar, dans le XIème, depuis 3 ou 4 ans maintenant (et pour lesquels tu crées les affiches régulièrement). Tu peux nous refaire un peu l’historique? Comment vous avez décidé avec Mat de vous lancer là-dedans?

Albane: Quand j’ai rencontré Mathieu, il avait déjà organisé son 1er concert au Twenty one avec Omid et Red Ants. L’année suivante, j’étais en contact avec Demune et Ancient Mith qui me demandaient si je connaissais des endroits pour jouer sur Paris. Donc on a remis ça et depuis ce concert là le reste s’est enchainé : Icon the mic king, Soso, Dj Flip, Thavius beck, Subtitle, Awol one, The Insects, 2Mex, Babel Fish, Beastmaster, Thesis Sahib, Th’mole, K the I???, Riddlore, Matre, Factor.. et j’en passe!

D’ailleurs je remercie Mathieu d’avoir mis toute son énergie dans ce projet. Certaines personnes critiquent les concerts au 21 , je les comprends mais je les met au défi de faire jouer plus d’une trentaine de concerts en 4 ans avec des rappeurs et beatmakers de qualité comme ceux que je viens de citer. Certes, c’est un bar et le son n’est pas exceptionnel. Mais ça n’empêche pas de passer un bon moment dans un endroit convivial et de pouvoir discuter avec les artistes après leur show. C’est pas forcément le cas dans la majeure partie des salles plus grandes où le public et les musiciens sont beaucoup moins proches.


DM: Depuis l’année dernière, tu es aussi partie prenante dans le micro-label digital Cooler Than Cucumbers avec l’ami Tiago. Votre créneau c’est le pressage de picture disc 7″ pour lesquels tu t’occupes, bien sûr, de la partie visuelle. Comment s’est monté le projet? Vous avez sympathisé au Twenty One j’imagine ?

Albane: En ce qui concerne CTC, Tiago m’avait contacté  l’année dernière sur Facebook. On se croisait au Twenty One mais on n’avait jamais vraiment discuté ensemble. Il m’a donc proposé d’être la graphiste de son nouveau label. Son projet me plaisait bien, j’avais jamais encore fait de picture disque et de format vinyl,  ça me changeait des pochettes CD!

DM: CTC a déjà sorti un premier 7″ du producteur nancéen Absurd. Un deuxième est en voie de confection (ndr: déjà sorti en fait). A moyen terme, comment vous souhaitez voir évoluer ça? Ça reste une passion de presser un objet de temps à autres ou vous cherchez à créer quelque chose de plus développé si je puis dire? Déjà des idées concrètes pour le ou les prochains pressages?

Albane: Faudrait que tu poses ces questions là au boss! C’est lui qui décide de tout ça haha! Mais en gros oui il fait ça suivant ses goûts musicaux du moment. Le Murmur Breeze va bientôt sortir, vers fin Aout, (ndr: déjà sorti) et pour les prochaines sorties, je ne sais pas si j’ai le droit d’en parler… Bon allez tant pis, je me ferai taper sur les doigts par Tiago! Normalement Thesis Sabib produit par Funken, et peut-être Oskar Ohlson & Babel Fishh. Et puis il va faire une mixtape CTC qui regroupera tout un tas d’artistes de la scène indépendante.

DM: Tu as exposé une partie de tes travaux en 2008 dans le XIIIème à Paris, l’année dernière tu as carrément participé à un festival de création artistique à Athènes. Comment tu vois le fait d’exposer ce que tu fais? C’est une fin en soi ou juste un truc comme ça de temps en temps? Est-ce que tu te focalises là-dessus ou pas vraiment, juste quand tu as une opportunité ici ou là?

Albane: En fait j’expose quand j’ai des propositions! C’est par le bouche à oreille, des amis d’amis qui ont un bar ou un restaurant. Si j’ai le budget pour le faire je saute sur l’occasion car ça me plait beaucoup de faire ça. Puis ça permet de montrer mes illustrations à des gens qui ne sont pas du tout dans le milieu de l’art ou du hip hop. Et apparemment ça plait, car j’arrive à tout vendre sans trop de problèmes.

DM: Tu commences à multiplier les collaborations avec pas mal de rappeurs (surtout U.S.) ces derniers temps. Tu as une volonté particulière d’ouvrir tes créations de covers à d’autres types de musiciens ou tu fais ça en fonction des rencontres?

Albane: La plus part du temps toutes les pochettes que je fais sont pour des rappeurs ou producteurs qui me plaisent musicalement. Si je n’apprécie pas ce qu’ils font, j’ai vraiment du mal à faire quelque chose de bien. La création de pochette est loin d’être mon gagne pain, donc si il y a pas de motivation d’argent, il faut bien que je la trouve ailleurs.

DM: Quels sont tes projets dans les mois ou dans l’année à venir? Est-ce que fixer sur papier tes travaux serait un truc qui t’intéresserait?

Albane: Mes futurs projets sont encore et toujours des pochettes de disque : Baracuda, Dj Pain, Molemen, Serum, Cobra commander… Pour le reste non, aucun. J’ai pas trop d’argent en ce moment, donc à la rentrée il faut que je trouve un boulot fixe en agence! Après, on verra…


Pour un aperçu très complet des œuvres d’Albane, rendez-vous sur son book en ligne. Préparez-vous à être envouté.


One Comment

  1. Digital Mojo
    17 novembre 2010

    Désolé pour la mise en page un peu aléatoire, je me suis battu de longues minutes contre WordPress mais j’ai échoué… :x

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