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Articlé publié le 21 nov 2010 par .

Classé dans Réflexions.

Foobar2000: Le fond, la forme.

En cette semaine de « l’incroyable », de « l’historique » annonce d’Apple concernant Itunes, tout le monde en rit encore, c’est peut-être l’occasion de revenir sur ce qui est probablement l’opposé absolu de l’iTunes en tant que « player mp3 »: Foobar2000. Comme on a pu le voir dans l’interview de la semaine, Internet a joué un rôle important dans l’acculturation musicale de nombreux individus, si cette acculturation s’est construite grâce à des échanges de fichier (Napster, Soulseek, torrent) et à des échanges d’idées (les premiers webzines, les blogs, maintenant les réseaux sociaux) la pratique elle est souvent passée par un lecteur mp3, qu’il soit interne comme à l’époque de Napster, Kazaa, ceux se trouvant sur le Web mais surtout ceux disponibles sur l’ordinateur.

iTunes et Windows Media Player pour les plus fainéants, Winamp, VLC et tant d’autres pour les autres, chaque lecteur a son lot d’avantages et son lot d’inconvénients. Il est d’ailleurs malheureux et très bien joué que de par sa politique de l’iPhone Apple ait réussi à imposer un logiciel aussi frustrant et frustre qu’iTunes.

Si on ne peut pas vraiment dire que ces logiciels aient une quelconque implication sur la musique qu’on écoute il est par contre fort possible qu’ils en aient un peu sur notre manière d’écouter et surtout énormément sur notre relation aux fichiers et leurs multiples formats : mp3, mp3 pro, Vorbis, Ogg, Flac etc… Il n’est pas stupide ainsi pour un blog comme le notre de revenir là-dessus et d’évoquer en travers le lecteur le plus délicat à manœuvrer a priori mais surtout le plus riche et le plus conforme à notre philosophie du Web : Foobar2000.

Avant tout, pourquoi se concentrer uniquement sur ce logiciel ? iTunes est probablement le lecteur le plus utilisé, mais il ne règne ni par sa souplesse ni par son indépendance (les liens commerciaux…). Très peu configurable, copiant les fichiers dans sa bibliothèque sans demander l’avis, il est le rêve des néophytes et le cauchemar de tout individu ne voulant pas qu’on tripote tous les fichiers de son ordinateur sans autorisation. Le seul point qui le sauve, et sa relative bonne gestion des podcasts et le fait qu’une fois encore il se soit imposé comme un standard dans ce domaine. Windows Media Player quant à lui ne peut même pas être considéré… C’est la même entreprise qui a créé le WMA… n’abusons pas.

Reste tous les autres, Winamp qui fut une référence longtemps, VLC qui reste pratique et souple bien qu’en tant que puriste je l’utilise quasi exclusivement pour les vidéos, et le petit nouveau, Clementine, fonctionnant autant sous Mac que sous Linux que sur un PC lambda et qui mérite un petit coup d’œil. Il y a aussi Audacious, Amarock, et de nombreux autres de moindres tailles…

Pendant des années j’ai été retro-pratiquant. J’utilisais un Winamp 2.8 datant de 2002, je faisais mes tags à la main, je renommais les fichiers à la main etc… Je savais bien qu’il existait d’autres solutions mais c’était aussi une méthode pour bien connaître les disques. Il y avait aussi l’idée du contrôle absolu des fichiers, justement de cet étrange rapport « physique » qu’on peut entretenir avec des fichiers soit disant dématérialisés. Ce même rapport qui fait qu’on peut verser une larme quand un disque dur crame, car il s’agit de travail, d’heures écoulées, de recherches entreprises.

Pourtant Foobar2000 a toujours été une tentation presque depuis sa première version, 2002, une tentation de par ses multiples possibilités, tous ses components et sa communauté très active. Cela réclame seulement un peu de temps.

Pour la petite histoire Foobar a été fondé par Peter Pawloski un des bonshommes derrière Nullsoft (l’entreprise à l’origine de Winamp) et n’est disponible malheureusement que sous Windows. Ce logiciel fait pourtant  office d’un des plus puissants et des plus souples car très aisément configurables et très aisément modifiable.

Le principe est assez simple, le logiciel autorise le développement third-party, c’est-à-dire la participation de passionnés qui peuvent proposer des modules qui viennent se greffer au logiciel. Comme une bonne station MIR Foobar2000 fonctionne donc sur un système de légos  qui permet quand une fonctionnalité est manquante de l’écrire pour l’ajouter. La volonté de personnalisation du système fait qu’il y a plusieurs échelles: celle de la programmation bien sûre mais celle aussi de la configuration, tous les néophytes tel que moi peuvent configurer à loisir les modules autant dans leur contenu que dans leur forme. A cela il faut ajouter de quoi convertir les fichiers, traiter le son pour maximaliser la qualité audio etc… etc… Les résultats peuvent ainsi être multiples comme le démontre cette recherche Google.

Dernièrement,  en reconfigurant le mien, j’ai entrepris de lire le forum de la communauté pour  trouver des informations ou des modules (les fameux components). Un des topics des plus intéressants est celui intitulé Columns UI appearance, Post a screenshot of your config. UI appearance est un de ces modules qui permet de réorganiser complètement la partie visuelle du logiciel tout en supportant très bien d’autres modules. Ce que j’ai trouvé très intéressant et qui nous fait retomber sur l’objet musique dans sa généralité c’était la mise en scène des capture d’écrans. Au moment de faire sa capture d’écran il me semble que chacun s’efforce de choisir le disque représenté, la liste des chansons visibles. Il faut que cela rende bien avec le lecteur (les couleurs de la pochette, la photo elle-même), avec les goûts esthétiques revendiquées par la personne (un Foobar technoïde ou un Foobar de fan de reggae) et enfin avec la reconnaissance recherchée qui passe autant par la présentation du logiciel en lui-même (sa simplicité, le nombre d’informations, son style) que par les morceaux choisis.

La première dimension est donc  celle du style, celle que les usagers sont invités à partager dans cette discussion.  On retrouve donc un jeu sur l’esthétique comme cette proposition de faire enfin un Itunes performant. Il y aussi les revendications de « genres » avec cette version clairement métal. Et clairement too much pour moi. Enfin il y a ceux qui sacrifient les fonctions pour jouer absolument le jeu: celui de l’esthétique comme l’image ci-dessous

La seconde dimension est donc ce choix des morceaux affichés. Pourquoi tel morceau joué? Pourquoi telle liste? Il pourrait sembler que le choix soit anodin, simplement prendre une capture d’écran avant de la poster sur le forum. Pour autant, après avoir scruté plus de la moitié des pages du sujet, il me semble que tout ceci soit des choix conscients. Si vous prenez le screenshot concernant iTunes, la liste affichée est une liste par « genre », le progressif rock (*sig* moi qui déteste ce type de catégories), mais le morceau joué lui n’est pas sur la liste c’est Static de Godspeed You! Black Emperor, extrait de ce qui est probablement leur meilleur disque Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven.  De même au dessus, il y a plusieurs exemples dont celui épuré qui met en valeur la pochette du disque de Boys Noize. L’utilisateur proposait même une seconde screenshot pour présenter le même Foobar mais ce coup-ci jouant un Calexico. Que dire de cet exemple avec Hendrix? Ou encore mieux l’image ci dessous qui affiche dans la liste Animal Collective, Panda Bear, Arcade Fire et Passion Pit à la suite sans d’ailleurs que cela fasse spécialement sens chronologiquement ou alphabétiquement (à moins qu’il ne possède aucun artiste dans sa liste entre la lettre A et P).  Le morceau joué est une nouvelle fois différent: Portugal The Man. Moi-même en prenant une capture d’écran pour la montrer à Digital j’en profitais pour lui faire un clin d’œil en écoutant un album de Chicago Underground Duo qu’il a chroniqué tout en m’assurant que les autres groupes sur la liste n’avaient rien de honteux.

Tout cela pour vous montrer le champ des possibles sur Foobar. Surtout quand pour refaire les tags des fichiers on peut utiliser un module qui utilise la base de données Discogs, qu’on peut corriger plus ou moins quelques défauts de sa carte son etc… Cela nous montre aussi que notre rapport aux fichiers est tout sauf virtuel. Le « cela n’existe pas » ne fait pas sens. On a accès à ces fichiers, on les utilise, on les transforme, on les lit, leur existence est peut-être plus concrète que nos disques qui croupissent sur nos étagères. D’autant plus que tout cet effort de configuration n’a in fine rien d’un ornement. On remplace la perte de l’objet physique par une mise en scène sur l’écran du disque et de la playlist. On compense en affichant les pochettes voir une photo de l’artiste ou du groupe tout en se constituant une interface liée à la toile: liens directs vers Discogs, vers Wikipedia, paroles et biographies qui peuvent s’afficher. Les utilisateurs de Foobar2000 montrent que l’ordinateur est une véritable bibliothèque mais plus encore… Que la qualité d’une bibliothèque au-delà de son contenu c’est son accès, son organisation et tout simplement l’impression qu’elle laisse… et c’est assez jouissif.

En complément: un lien vers le site officiel, un lien vers un site en français qui commence à dater pour survivre aux premiers contacts avec ce logiciel. Si jamais plusieurs d’entre vous se signalent et me demandent de réaliser une petite introduction de comment maitriser la bête ou pour vous proposer  une liste des components les plus intéressants, je me dévouerai.

10 commentaires

  1. Digital Mojo
    21 novembre 2010

    Sympa ton papier. Sinon moi je suis ok pour la petite proposition de fin d’article. ;)

    J’utilise Foobar depuis pas mal d’années mais de manière assez simpliste en fait: j’ai juste un ou deux modules (notamment celui pour tager via la database Discogs mais je m’en sers très rarement, je tag encore manuellement, à l’ancienne, comme on frottait deux cailloux entre eux pour faire du feu).

    En tout cas, niveau souplesse, performance et degré de customisation, y’a vraiment pas photo. Pour Windows, il n’existe pas mieux aujourd’hui (‘connais pas le Clementine dont tu parles).

    Par contre, niveau prise en main, j’suis pas vraiment d’accord avec toi. Honnêtement Foobar a le meilleur de ce qui faisait que Winamp était le leader il y a une dizaine d’années: super léger, ne plante jamais, jamais débordé par quoi que ce soit. Et très très simple à prendre en main si on veut en rester à de l’écoute pure et simple. Et il supporte quasi tous les fichiers audios les plus courants. Une bombe, vraiment.

  2. Meuble
    22 novembre 2010

    J’ai beaucoup aimé ce papier. Surtout la partie « re-sacralisation des fichiers numériques »
    Tout ce qui est dit est très juste.
    En revanche j’hésite encore à tester foobar, le module qui tag grâce à discogs vend du rêve, mais je crois que je vais rester au tag manuel. Et à mon winamp lancé sur parallels sur mac. Rétro-pratiquant comme tu dis, on se refait pas. Je ne vois pas trop l’intérêt de mettre une photo de l’artiste en fond, pour moi la pochette est censée suffire à représenter l’univers que l’artiste veut montrer quand on écoute son disque.

  3. Bishop
    24 novembre 2010

    Coucou Mrmeuble,

    Tu emploies le terme que j’aurai du probablement utilisé: « re-sacralisation », qui correspond justement aux pratiques je pense ici.

    Sinon cela démontre que Foobar n’est pas chose aisée. Je sais Digital que pour une utilisation de base c’est très simple, pourtant la première fois que je l’ai utilisé j’ai voulu le « personnaliser » et j’ai souffert à tel point que j’ai pas vu la raison d’y rester.

    C’est dans une crise de flemme absolue sur le tri/tag manuel que j’ai réalisé qu’il était temps de m’y mettre sérieusement. Honnêtement la migration vaut clairement la peine Mr. M. Cela permet de rafraichir sa playlist.

  4. Magano
    25 novembre 2010

    Salut,
    vraiment bravo pour ce papier, très bien écrit,
    j’aime Foobar2000 pour sa vitesse et sa liberté, mais je suis frustrer de sont exclusivité a l’anglais…
    j’ai pas de notion et je suis donc très limite dans sa configuration ;-)
    vraiment sa me bloque ;-(
    Je ne comprend pas qu’il n’y ai pas de communauté française pour traduire ce super logiciel ?

    encore Bravo @++

  5. Bishop
    25 novembre 2010

    Bon vous m’avez convaincu. Ce week end je proposerai un petit guide pour faire rapidement et simplement un foobar efficace dans ses options, sympathique dans son design (après je ne suis pas non plus expert…mais c’est en cela que le guide sera simple)

  6. Magano
    26 novembre 2010

    Super j’ai hate…
    bon courage ;-)

  7. johan
    27 novembre 2010

    Très joli article. Moi qui suis très attaché aux supports physiques avec une tendresse particulière pour le vinyle, je n’avais jamais envisagé qu’on puisse avoir ce rapport avec des fichiers. Je découvre une autre façon de voir les choses. Mes mp3 (que je n’écoute plus trop au final) sont stockés dans des dossiers. Pour les écouter je fais un glissé vers media player. C’est tout. Pas de tag,pas de bibliothèque, rien. Et en plus ils ne sont pas très bien classés…

  8. Bishop
    27 novembre 2010

    Ici nous sommes aussi attaché aux vinyles. Mais pour autant cela ne nous empêche pas d’entretenir des rapports non anecdotiques avec les fichiers (enfin dans mon cas). Cela me donne envie de creuser la question pour parler de comment chacun organise ses fichiers par exemple.

    Forcément sans tag et en utilisant windows media player, le cas du classement restera problématique… On en reparle dans le micro guide de Foobar ?

    (Sinon j’aime beaucoup ton blog, j’hésitais il y a peu à te proposer de rejoindre Substance :’) )

  9. johan
    29 novembre 2010

    Salut,

    Cela serai avec un grand plaisir. Reste à voir comment vous fonctionnez. Y a t-il une productivité à tenir ? Une certaine « ligne éditoriale » ? Des terrains de chasse gardée ?

    J’ai lu pas mal de vos articles et en règle générale, ils sont beaucoup plus longs et fournis que ce que je fais sur mon blog. Ils s’apparentent plus à du journalisme avec un travail de compilation d’informations et une analyse poussée, même si tout cela reste heureusement très personnel.

    J’ai plus tendance à rester au niveau du ressenti avec moult métaphores pour essayer de véhiculer ce que m’évoque la musique dont je parle. En fait je suis très lent à écrire c’est pour cela que je ne pousse pas plus, mais en gros, ce que vous faites c’est ce que j’aimerai faire.

    Je serai vraiment ravi de rejoindre l’équipe. Si j’ai commencé mon blog c’est pour deux raisons.
    1- J’en avais marre d’être un auditeur passif. Je voulais contribuer à l’effervescence musicale actuelle, devenir acteur d’une certaine manière : faire partie de quelque chose.
    2- Je voulais partager mes découvertes avec d’autres personnes.

    Faire tout cela au sein d’une équipe ne serait donc que mieux.

    En conclusion si c’est OK pour vous, c’est OK pour moi.

  10. Digital Mojo
    29 novembre 2010

    Salut Johan,

    Écoute, merci pour ton retour rapide. :)
    Nous sommes actuellement dans une phase d’expansion, quelque part. On essaie de monter une petite équipe qui pourrait amener du contenu régulier au site (même si nous étions déjà pas mal réguliers jusque là, hormis deux ou trois creux).

    Nous n’avons pas de ligne édito. à proprement parler, pas de terrains de chasse persos non plus. Chacun peut amener ce qu’il veut. Notre seule exigence c’est, quelque soit la longueur du papier, d’amener une plus-value par rapport à un sentiment de base. Dépasse le simple « j’aime » ou « j’aime pas », ou ne pas se contenter d’un lien vers une vidéo. Essayer d’amener quelque chose en plus de ça, une réflexion, un sentiment; avec un style d’écriture pas trop négligé (même si on n’est pas sur l’esthétisme pur non plus). Mais d’après ce que j’ai vu sur ton blog, je pense qu’il n’y aurait pas de soucis. :)

    Concernant la productivité, rien n’est fixé précisément. On essaie simplement d’être réguliers et de ne pas laisser le site s’assoupir. L’activité dépend bien sûr du temps libre, de l’inspiration, voire même d’avoir des idées de ce dont on veut parler (il arrive qu’on soit à sec à certains moments). Personnellement, je me fixe au moins un papier par semaine; voire deux quand j’ai du temps devant moi. Mais ça reste tout à fait personnel.

    L’important c’est de se tenir à une activité régulière; pas calculée mathématiquement mais qui permet au site de continuer à prospérer tranquillement.

    Pour le reste, Bishop va t’envoyer un mail pour te faire un petit topo. Mais sur le principe, je pense que nous sommes OK pour t’intégrer au site si t’es intéressé par notre proposition. :)

    On poursuit ça par mail. :)

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