Pour une fois je vais empiéter sur les catégories de Digital en vous offrant un petit mélange de choses diverses sorties cette année, parfois légèrement improbables et surtout gratuites. C’est surprenant à ce propos que ce soit mon premier Mélangeurs car je suis attaché au crédo Free music, good music. Pour continuer sur le p2p, Foobar2000 et l’esprit du libre c’est plaisant d’avoir des artistes qui fournissent des morceaux ou des albums sur le réseau. Cela n’est pas un modèle économique viable, forcément, et cela ne doit pas nous empêcher d’acheter des disques mais avoir ce genre d’options est un plus très appréciable. Surtout cela ne déprécie pas la musique, ce n’est pas parce que c’est gratuit qu’il ne faut pas y jeter une oreille attentive.
Après ce préambule bien trop sérieux j’aimerai pour fêter cet hiver avant l’heure, cet emballement médiatique autour du « pire hiver depuis des années » (exactement comme l’année dernière) qui permet d’ignorer des sujets plus importants nous placer sous l’étoile du cool. Du « relax man », dans l’esprit du disque pop et coloré Save the World de Supermayer (souvenez vous du morceau Coktails for Two…).
Pour commencer allons là où il fait vraiment froid en ce moment: Berlin. Ce n’est pas comme-ci c’était une surprise comme destination vous allez me dire… Commençons donc là-bas avec le groupe Die Gefundenen Fressen. Il m’a fallu une petite bagarre réflexive pour réussir à comprendre ce nom. Fressen est un verbe qui est une amplification de essen (manger) et qui signifie dévorer, das Fresse peut se traduire par la gueule et gefundenen signifie trouvé. L’expression en fait est utilisée pour dire qu’il s’agit d’un trésor (qu’on trouverait par hasard ou en faisant telle chose). Pour un groupe de Hip-Hop, ce dont il s’agit, on peut aussi y voir un jeu de mot avec la gueule.
Die Gefundenen Fressen n’a pas inventé le Hip-Hop, c’est le moins qu’on puisse dire, la filiation avec le Hip-Hop old school ou même pour rester de l’autre côté du Rhin avec Die Fantastichen Vier est assez évidente. Ligne claire pour la prononciation, tempo pépère et enfin samples à gogo qu’on emprunte partout (rock, classique, jazz, esprit 8bits), à tel point que parfois la voix se tait pour profiter clairement du moment. A ce propos si quelqu’un peut me retrouver d’où vient le sample central de Henry Like Toast il sauvera mon âme. Cela fait des mois que cela me hante, j’avais la certitude que cela provenait de Barbarella mais non, impossible de mettre la main dessus, pourtant je le connais…
A la différence de mes camarades de blog, je n’ai rien de fin connaisseur en Hip-Hop mais j’apprécie clairement ce petit disque Mit Agnes Am See, (avec Agnès au lac), qui de mon point de vue se contente de recettes âgées non pas pour faire des références à un « c’était mieux avant » mais plus par économie de moyens. Se dégage du coup une certaine tranquillité, une certaine candeur, et un disque dans le fond bien mené qui me contente et cela vous changera probablement des morceaux en anglais. Prenons Kids will grow up, tout le morceau repose sur un simple sample et quelques effets de genre. Le résultat est simple, efficace, agréable. Pas de raisons d’aller plus loin, pas besoin d’être sophistiqué ou de déjà une puissance énorme. Tout le monde ne peut pas être Dälek.
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Après peut-être que j’idéalise, comme m’affirme une amie berlinoise un peu anti Hip-Hop allemand, il y a parfois le mauvais esprit de revendiquer « l’authentique », d’avoir beaucoup de considérations pour soi et de jeter la pierre aux autres, comme dans le morceau Prenzlauer Berg, ou ce quartier et ces nouveaux habitants (quartier très « bobo ») en prennent méchamment pour leur grade autant en anglais qu’en allemand, alors que quelque part ce duo de gentils blancs (de Kreuzberg? Friedrischshain?) ne fait pas spécialement mieux. Je m’accroche peut-être à mes illusions, mais je continue de penser que ce n’est que de l’ironie et de l’humour.
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Car oui, cela me fait rire, le premier morceau, Amateure, commence avec une interview où le journaliste (tout du moins la personne qui interview) leur dit que leur musique sonne..sonne… « amateur » répond le groupe et fou-rire qui enclenche le disque. Et que dire du sample jazzy et efficace pour Henry like no Twist qui sombre tranquillement dans de la drum’n'bass? J’aime leurs goûts, et la manière d’en jouer.
Le disque dure 40 minutes et se tient bien, c’est sur Bandcamp (donc comme d’habitude, mp3 en 320, FLAC, Ogg et bonheur), et si vous les aimez leur précédent disque est à l’achat pour une poignée d’euros.
On enchaîne avec les USAs avec le groupe Kissed Her Little Sister et leur disque HIGHandLOW de Santa Monica. A leur propos je n’ai pas énormément d’informations hormis que leur album « sorti le 1er janvier 2011″ rime avec plaisir. Ils attaquent après un introductif I’m too High sur une reprise improbable de Cocaine Blues de Johnny Cash (vous savez, At Folsom Prison) renommé Cocaine. Ce morceau utilise à merveille un sample de Pink Floyd (Le bien nommé pour cette réutilisation, The Happiest Days of Our Lives) avec une voix qui chantonne entre ce qu’ils nomment la « concrete folk » et le Hip-Hop. Le morceau « sombrant » directement dans un sample d’inspecteur Gadget (!!). Du n’importe quoi très bien mené pour cette reprise complètement improbable. Comme pour Die Gefundenen Fressen on revient ici au plaisir simple du mixage, de produire le plus d’effets possibles avec le moins, on se sent proche de la fin des années 80 avec les procès retentissants pour les droits d’auteur de quelques samples chipés à d’autres fins.
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Le bonhomme derrière tout cela se nomme Jeff Morisano et aurait tout enregistré dans sa chambre… ce qui ne l’empêche pas de faire sonner ses morceaux comme Anticon (I am Ben Franklin), d’en faire d’autres plus acoustiques voir Folk (Born Again, My Ship Came In), d’autres plus électroniques et d’autres enfin qui s’avèrent beaucoup plus joueurs, comme l’amusant bien qu’un peu énervant My Dreams Are Televisions. Tous les choix ne sont pas forcément bienheureux et l’album est assez long. On peut regretter de ne pas revoir d’autres morceaux comme ce Cocaine d’entrée qui faisait rêver. Les derniers morceaux sont ainsi un peu plus anodins, plus prévisibles mais toujours de bonne facture.
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Une nouvelle fois il y a là le plaisir de produire de la musique d’invoquer une culture qui se nourrit à de nombreuses sources, on sent la trace de l’Internet, des réseaux qui communiquent surtout ce genre de disques et autant de pas bouder notre plaisir comme sur The Angel of The Lord. C’est du bon, c’est sur Bandcamp, j’adhère.
Pour terminer, c’est l’hiver. Si on veut profiter pleinement des flocons et de cette neige, retour vers une musique plus épurée, plus transcendantale, voir tellurique. L’EP Hello Lonely, Hold the Nation (encore un grand titre!) de Downliners Sekt renvoie à la techno froide, à des croisements entre la musique minimale d’Alva Noto avec les productions de Chain Reaction et la dose d’échos dub très contemporaine. Ce groupe sans nation affiché, démontre dans cet EP un goût pour cette puissante lenteur, celle de la profondeur, du son qui se vit en fermant les yeux et en ressentant par les os. A écouter fort dans une pièce sans lumières donnant sur cette neige. La pochette du disque est par ailleurs assez magnifique et l’EP se trouve avec ses titres étranges (inside maverick’s, negative green, u gumbu, dirty meinz) sur le site du groupe, pas de Bandcamp mais du 320 Kbits. On apprécie.
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D’autant qu’actualité oblige, ils viennent de rendre disponible un nouveau disque, We make hits, not the public le 22 novembre. Le premier morceau From Under Spinning lights s’inscrit dans cette même ligne d’un éther froid avant de s’emballer dans une sorte d’énergie électrisée avec des voix et une ambiance de fin du monde urbaine. Cet EP est à ce niveau là peut-être plus moderne, plus « capitale du nord » avec une grosse prépondérance pour le Dubstep et ses multiples effets sans se focaliser sur l’atmosphère à la Burial ou sur la puissance des zones de fractures comme le Dubstoned EP3 de Funckarma mais sur la profondeur des champs, sur cette dimension glaciale. Une belle réussite qui leur permettra d’ouvrir quelques portes de club, et celle de mon petit cœur d’auditeur (c’est important).
Un dernier point qu’on apprécie forcément sur ce groupe c’est sa ligne politique. Le second EP cité est à ce niveau là plus clair avec son We make hits, not the public. Ainsi sur leur site ils justifient pourquoi ils donnent les morceaux gratuitement (en grande partie pour l’impact). Dans leur FAQ ils répondent à la question « Musique gratuite: Comme Radiohead? ».
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La réponse est cinglante:
Its quite frustrating when people tell us ‘Cool! Like Radiohead!’. It seems those guys turned themselves into free music scene leaders within 3 months, making more money than any fuck wit on a major label.
Since our first release we offered the option to download the album for free or donate what one thought was worth paying. That was 3 years ago, and we weren’t the first ones.
Mr Radiohead turns up with his cool new idea and his 160 fucking kbps and the world bows to his mediocrity. This is how they hijacked for their own sake a social phenomenon and turned it into a marketing tool to promote their physical release.
Because of the low quality of the files, the lack of artwork and credits, and huge difference between the mixes of the free release and the commercial one, we quickly assumed they didn’t take the radical path.
Radiohead becomes number one on the bestselling charts, and the industry wins another battle in its propaganda devaluing the quality of mp3 releases.
Si vous ne lisez pas l’anglais ils affirment que globalement Radiohead a simplement utilisé le phénomène pour faire de la promotion en proposant des versions merdiques des morceaux (160 kbps). Ils l’ont détourné à leur propre fin sans jamais réfléchir sérieusement aux possibilités du modèle et par la même occasion la propagande autour de la faible qualité de ces sorties mp3 a pu continuer.
Leur FAQ est donc absolument à lire, c’est un petit bonheur. Pour acheter leurs disques par contre cela semble plus compliqué vu que le pays d’origine n’est pas précisé (seulement un e-mail est disponible dans cette perspective), les dons sont acceptés mais vous savez que je suis plutôt retissant là dessus. Je vais chercher à les contacter pour en savoir plus.
Free music, good music en trois exemples de cette année, quatre disques et surtout l’immense diversité à laquelle nous accédons aujourd’hui. L’hiver me semble tout de suite plus sympathique.
Freebies are goodies! Woh!