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Articlé publié le 18 août 2011 par .

Classé dans Chroniques, Oscillations et frémissements.

Shlohmo, « Bad Vibes »


Il y a de ça un an et demi, je m’étais attardé quelques lignes sur le cas de « Shlomoshun Deluxe », la première sortie d’Henry Laufer a.k.a. Shlohmo chez le alors tout récemment créé label californien Friends Of Friends. Quelques lignes, un paragraphe, pour vous dépeindre à quel point je trouvais ce disque dépourvu d’un charme particulier, trop générique, trop bien concentré sur son statut de disque beats/hip-hop instru bien inséré dans la moyenne molle de ce qui faisait à ce moment là. Rien de très impressionnant, une espèce de routine musicale qui rendait floues toutes notions de personnalité pour finir par ne plus réellement distinguer qui faisait quoi derrières les machines tellement Shlohmo nous avait pondu des gesticulations aussi plates qu’indigestes. Une espèce de cracotte sans la confiture qu’on vous force à avaler d’un coup. Un truc indigeste, de quoi s’étouffer avec les petits bouts de cette daubasse impossible à mâcher. A cette époque, une espèce de hype insupportable s’épanchait plus que de raison autour des 8 morceaux et des 4 remixs du disque au point de me rendre le musicien en lui-même carrément gonflant à plus d’un titre. Et ce après simplement une poignée de morceaux. C’est vous dire à quel point les avis à l’emporte-pièce, sans avoir réellement écouter l’album, fleurissaient aux quatre coins du Web moutonnisant. La queue-le-le des critiques de supermarché. Et je me retiens.

C’est vous dire combien j’ai pris soin par la suite d’éviter consciencieusement les nouvelles productions signées Shlohmo, pour ne plus perdre de temps. « Camping », toujours chez FoF, un 7″ chez Tall Corn Music et une poignée d’apparitions ici ou là sur lesquelles je ne me suis pas penché. Encore à ce jour, je ne sais véritablement pas de quoi il retourne sur les disques sus-mentionnés. Et je dois dire que ça ne m’intéresse que très peu, préférant nettement accorder mon temps, et par là une seconde chance, à la toute nouvelle production long format de Shlohmo, « Bad Vibes », dispo toujours chez FoF depuis le 9 août dernier. Autant vous dire que même dans un état de bonté totale envers quelqu’un que j’avais déjà enterré avant qu’il ait eu le temps de s’exprimer véritablement, j’y allais à reculons avec l’intime conviction de faire face, dés le bouton play de platine enclenché, à une cruelle désillusion motivée par ma propre curiosité. Une espèce d’auto-flagellation musicale en somme. D’autant que j’avais pris le soin de faire les choses bien en commandant d’emblée la version LP du disque, pour être certain de me retrouver dans les conditions les plus optimales pour mettre un point final à ma découverte de Shlohmo et de son unviers musical aussi palpitant qu’un après-midi chez Ikea.

Je ne vous apprends rien en précisant du coup que cet article fait suite à un véritable twist scénaristique dans cette incroyable aventure du quotidien; un twist auquel je ne m’attendais véritablement pas bien qu’ayant imaginé plusieurs scénari possibles: « Bad Vibes » est un disque surprenant, à mille lieux de « Shlohmoshun Deluxe », pas exempt de défaut mais ce coup ci pourvu d’une véritable âme que je me fais fort de présenter à votre insatiable besoin de découverte de nouveaux horizons.

Soyons clairs, « Bad Vibes » n’est pas un renversement complet de la musique de Shlohmo mais il est un bout de voile levé sur un coin de son imagination que l’on ne pensait pas rencontrer si rapidement à l’heure de parcourir ses boom-baps électroniques syncopés et généreusement pourvu de basses ronflantes, comme 78 543 autres producteurs du moment. Pour schématiser, je dirais qu’il s’agit d’une intelligente réorientation des sources musicales utilisées par le producteur pour explorer un nouveau format plus singulier qui, pour le coup, laisse place à la construction et à un véritable récit musical. Deux caractéristiques qui manquent cruellement dans le premier disque de Shlohmo chez FoF. Pas étonnant que « Bad Vibes » se présente comme un projet intéressant à plus d’un titre: Shlohmo a mis en ordre ses idées, les a ré-agencées pour en faire ressortir la substance.

Première grande évolution, qui n’est pas forcément un apport qualitatif indéniable mais qui rompt avec ses productions antérieures: sur la globalité du disque, Shlohmo se tourne vers une formule downtempo moins « m’as-tu-vu », finement ciselée par endroits pour y introduire ici et là quelques sonorités, des bouts de détails qui ne paient pas de mines mais révèle un nouvel ensemble curieusement plus attractif. Ça n’a l’air de rien comme ça, diminuer le nombre de BPMs, mais ce choix a réellement permis au producteur de s’attarder davantage sur des groupes de sons qui n’étaient pas exploitables auparavant. La musique se fait plus évanescente, moins fixée au sol mais se permet d’évoluer sans un schéma ultra-mathématique, plutôt selon un groove qui se fait éphémère, mutant, à la limite du lo-fi et de l’ambient contrôle et jamais trop sauvage, par endroits. Aussi, Shlohmo s’est permis d’aller chercher plus loin, d’incorporer une somme de sonorités plus vivantes, percussions, grattements, frottements, voix, qui viennent renforcer son approche. L’auditeur découvre peu à peu cette musique qui semble faite de brics et de brocs, toujours drivée par un beat pour le coup pas réellement novateur (aussi bien dans sa structure que dans son essence) mais permet de conserver une ligne directrice basique. Shlohmo n’est visiblement pas prêt à dépasser cette frontière là; pourquoi pas à vrai dire, tant il paraît bien plus à l’aise.

Cela va sans dire mais le tout se révèle beaucoup moins bordélique et certainement plus attirant que la bouillie informe de « Shlohmoshun Deluxe ». Le producteur californien ne semble néanmoins pas trop sortir du rang et il est courant de ressentir un vague sentiment de déjà entendu, voire un petit bout d’ennui par endroits, lorsque les morceaux déroulent sans que l’on n’y prête réellement attention. La formule dévoilée ici reste somme toute assez introvertie et on a l’impression de nager un peu toujours dans les même eaux. Mais ce « Bad Vibes » gagne aussi à conserver cette cohérence sur les 57 minutes de musique qu’il propose. Et tant pis pour ceux qui ne parviennent qu’à discerner la partie immergée de l’iceberg. Car bien enfoui sous la surface, certains parties nous dévoilent un Shlohmo moins bas du front. Comme cette introduction de ‘Same Time’, cette première minute trente où la poignée d’éléments sonores émergent tout doucement, comme d’un sommeil, pour venir se lover comme il faut au milieu de ce « souffle » permanent (que l’on retrouve sur la globalité de l’album). En vérité, le morceau ne démarre jamais vraiment mais est soutenu par quelques éclats en guise de pseudo-rythmiques et un erzatz de mélodie sous-marine jouée par ce synthé à la rondeur toute envoutante. Apparaît alors un semblant de groove, mais jamais trop longtemps, toujours accompagné de bouts de voix lo-fi fantomatiques noyées de delay, cutées comme il faut pour rendre la syncope encore plus prenante. Et puis un final qui s’approche alors qu’un climax raisonnable semble se préparer, par petites touches, quelques étincelles qui mettent soudain le feu (disons le brasero) au morceau avant qu’il ne s’évanouisse dans un ensemble de sonorités trainantes, portées par des courants contraires jusqu’à ce qu’elles disparaissent, ne laissant plus que quelques grattements, grondements et échos lointains.

Evidemment, la musique de Shlohmo n’est pas forcément très novatrice. En ce sens, « Bad Vibes » n’est pas tellement un accomplissement. Mais il est, pour moi, une première réalisation encourageante, à double tranchant ceci dit: si elle révèle un côté moins lisse chez Shlohmo que ce à quoi je pouvais m’attendre, elle va demander au producteur une nouvelle remise en question pour continuer d’avancer. Inutile de préciser qu’un second album dans la même veine aurait l’effet d’une redite. Car sur 1 heure, il semble que Shlohmo ait fait à peu près le tour de ce qu’il pouvait dire en exploitant une large variété de sonorités qui semblent nouvelles incorporées à sa musique. A sa charge de continuer à creuser cette veine de la singularité qui m’a fait, aujourd’hui, inscrire son nom sur la liste des producteurs dont on peu raisonnablement attendre d’autres choses intéressantes dans les mois à venir. Autant dire une considération déjà très conséquente quand on sait que je l’avais soigneusement rangé parmi la masse des anonymes sans ambition ni idées. D’idées, « Bad Vibes » n’en manque pas. Il va désormais falloir les remettre une nouvelle fois en question, pour que Shlohmo se bouscule lui-même dans ses certitudes. Et vienne encore me prouver à quel point je peux avoir tort, par moments.


‘Sink’, et un clip vidéo non-officiel de toute beauté

2 commentaires

  1. Lions
    2 décembre 2011

    Critique pompeuse, ennuyante etc. bref Résumer l’univers de Shlohmo à IKEA euh….. et puis ne pas aimer un artiste parce que « tous les critiques et la hYpe l’aiment » c’est vraiment #snob . Sinon bon album de Shlohmo qui confirme son talent.

  2. Digital Mojo
    3 décembre 2011

    Salut à toi,

    Alors je pense que tu as mal lu et/ou compris, j’ai bien aimé cet album, que je trouve plutôt encourageant et avec des idées, même si je lui trouve aussi des défauts. En tout cas il est bien plus intéressant que « Shlomoshun Deluxe » dont j’avais aussi parlé par ici il y a quelques temps. Je suis d’accord pour dire que Shlomo va dans le bon sens ici mais ça n’est forcément pas parfait, loin de là. Relis, tu verras. Perso, ça me semble assez clair pourtant, ton commentaire m’étonne.

    Sinon pour le côté pompeux et ennuyeux, désolé de t’avoir fait perdre ton temps. Mais merci pour le commentaire. :)

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