Dans les multiples manquements aux bons disques de cette année nous n’avons pas parlé du Maxi de Geste Howard B. sorti chez Fin De Siècle il y a maintenant quelques mois. Il faut dire que sur Substance on pousse tellement loin l’intégrité intellectuelle que Digital ne s’est jamais permis de faire de l’autopromotion, hormis peut-être en passant quelques morceaux sur le podcast, de sa jeune expérience dans le monde des labels avec Fin De Siècle et cette première sortie. Pourtant c’est finalement assez regrettable qu’on ne puisse pas nous-mêmes parler des projets qui nous tiennent à cœur.
Comme je paye mes disques, qu’il ne m’offre même pas de bières alors que le vin coule à flots pour les enregistrements du Podcast (le Saint-Bris du titre du dernier podcast n’était pas une blague…) je suis donc dans la confortable position du prolétaire qui peut parler de tout sans compromis. Étant aussi un adepte de la Justice, je me déguise parfois en Daredevil au milieu de la nuit, aujourd’hui est une belle occasion de corriger ce manquement, cette erreur, surtout que Geste a une actualité assez prolixe, qui ne peut aller qu’en se développant.
Geste est donc un groupe français, celui du bassiste/clavier François-Charles Domergue et de ses deux acolytes Julien Laroche (guitare/clavier) et Mathieu Le Couillard (batterie). Quand on s’approche de cet Howard B. estampillé « Post-Rock/Noise » on pense vaguement, ils n’y ont probablement pas pensé eux-mêmes, à la pochette d’un disque essentiel: le Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven de Godspeed You ! Black Emperor. Cette impression peut se conforter dans le texte de l’insert, cette critique de la télévision extraite du film « Network » de Sidney Lumet qu’on retrouve dans le morceau Price Of Grey et qui fait donc penser aux critiques parfois assez naïves de Goodspeed.
La ressemblance s’arrête là, au simple visuel, musicalement s’il faut chercher du côté post-rock la référence qui semble la plus naturelle est probablement 65daysofstatic dans cette association d’un rock puissant et d’éléments électroniques. Il faut dire que Geste a aussi une histoire, celle de François-Charles Domergue seul avec deux EPs : Jaw Breaker en 2008 et plus récemment Eating Concrete, tous deux chez les Allemands d’Equinox Records. Ces deux disques sont plus proches du son électro/techno fluo burné que d’Explosions In The Sky. S’inscrivant dans cette vague de gros sons, dont les corses Les Petits Pilous sont d’autres représentants, ils montrent un Geste baignant dans différents univers, différentes cultures. Pourtant en écoutant ces deux LPs, dont à titre personnel je retiens l’atypique Lava Loca Lava, on sent aussi chez F.C. Domergue, sur Run Before The Flood par exemple, cette envie d’un son plus physique, plus adipeux, avec une profondeur qu’il n’avait pas réussi ici à développer complètement.
C’est certainement dans cette idée que le premier morceau d’Howard B., Ohm Sick, est en fait une « reprise », une réinterprétation du même titre paru sur Jaw Breaker dans une version synthétique. Ce morceau relu dégage quelque chose de collant, pratiquement de « sale » qu’il ne pouvait pas avoir avant, une énergie plus mystérieuse. La concrétisation de cette idée, de cet embryon de projet, a lieu dans le second morceau de ce maxi Price Of Grey qui associe une certaine production, les effets, l’extrait et cette introduction qui installe une ambiance, une « scène » plus rock. Le morceau dégage une force qui se situe dans la suspension du son que produisent les instruments, dans la suggestion, l’attente, d’un surgissement sonore à venir qui balayera l’auditeur.
En fait, et c’est le paradoxe de ce maxi c’est qu’il est à la fois une réussite avec ces deux morceaux dont le « tube » qu’est ce Price Of Grey et qu’à la fois Howard B. ne rend que moyennement hommage à un groupe qu’il est plus qu’intéressant de voir sur scène, là où les trois musiciens peuvent se lâcher et libérer toute leur énergie, en plus de nous permettre d’écouter de très bons inédits.
A propos de Price Of Grey je ne résiste pas à l’envie de vous proposer l’excellent clip, réalisé par Mathieu Pheng et le Collectif BKE:
Concernant l’avenir du trio, il peut s’écrire de plusieurs manières: soit poursuivre l’expérience trio dans la perspective actuelle, gonflant un peu les muscles, avec comme inconvénient de voir l’ombre de 65daysofstatic et cette combinaison Post-Rock / électro se faire de plus en plus prégnante. Soit prolonger la dissociation, creuser le sillon, s’ouvrir à des morceaux peut-être plus épiques dans la longueur et profiter de cette fenêtre en France d’un combo efficace, emportant, qui s’approche pratiquement des bonnes recettes d’un rock épileptique mais en se passant de tous les clichés métal.
Soit enfin, la trajectoire probablement la plus intéressante, mais aussi la plus difficile, celle de réussir à associer les deux ambitions de F.C. Domergue, celle d’un groupe à la fois épique et nerveux, issu d’une belle tradition de Post-Rock, mais qui lorgnerait du côté dancefloor, entre dubstep et bombardement technoïde tout en gardant une certaine authenticité et un son moins plat que celui d’une majorité des productions certifiées « club ».
C’est en tout cas tout le bien qu’on leur souhaite, en attendant leur premier album dans la lignée de cet « Howard B. ». D’ailleurs il reste des exemplaires à offrir à soi ou aux amis sur la boutique de Fin De Siècle : c’est par là.
Belle chronique ! Une correction : mathieu est à la batterie, pas à la guitare
Bishop sera fouetté avec des orties pour cette erreur, merci Vincent c’est corrigé. :)