
‘Judas priest ringtones’. Trois mots que l’on retrouve en guise d’en-tête lorsque l’on débarque sur le blog de Crystal Hell Pool. A bien y réfléchir, c’est sûrement l’expression la plus parlante que l’on puisse trouver pour décrire la toute nouvelle musique dévoilée par Chris Majerus sur ces 11 morceaux publiés par Debacle Records le 25 octobre dernier. Une formule qui n’a véritablement plus rien à voir avec les premières tentatives de Crystal Hell Pool dés 2009-2010. « Trahissant » un ambient minimaliste chargé de dépeindre des paysages à la fois baignés par d’intenses rayons de soleil et plongés dans une masse sombre desquelles ils parvenaient à peine à émerger pour paraître moins flous, plus présents, CHP s’en est allé vers des horizons où le groove est roi. Mais un groove anguleux, très électronique et qui ne fait aucune concession quant à sa structure même. Tant pis pour la méditation et l’abstraction d’il y a quelques mois. Pour « Domain », CHP s’est appliqué à donner vie à ses morceaux en leur offrant une véritable pulsation primaire, un « beat » qui tourne perpétuellement sans jamais ne prendre aucune pause; à peine une poignée de secondes entres les morceaux. Des beats noyés dans leur propre reverb, une vague sensation d’une approche disco repeinte en sombre, très sombre, comme si les simples breaks enregistrés s’exprimaient en plein cœur d’un espace relativement dépourvu de lumière. Relativement car les morceaux sont balayés par des vagues de synthés aux propriétés difficiles à définir clairement, très éloignées des contraintes même du rythme pour prendre le temps de s’étaler en s’adaptant aux contours du relief, s’insinuant tranquillement là où le reste ne va pas, comme pour combler un vide musical entre les pulsations.
Les premières sensations ne vont pas sans un vague sentiment de facilité lorsque les morceaux poussent à entreprendre une danse sans aucune autre échappatoire que celle d’atteindre la fatigue absolue, jusqu’à ce que les jambes ne portent plus, sur un rythme prenant mais monotone; diablement séduisant mais calqué sur lui-même, encore et encore. C’est sans compter la capacité de CHP à bifurquer vers des ambiances plus proches d’un indus reconverti en prétexte à s’adonner aux mouvements les plus disgracieux, les moins exaltés possible. CHP abandonne alors la symétrie absolue pour laisser parler ses créations un peu plus difforme mais réellement singulières (‘Radioactive Cop’). Il s’en va aussi explorer d’autres profondeurs, celles où la froideur des lieux se fait si prenante que le rythme ralentit inexorablement pour se focaliser sur l’essentiel et laisser les divagations synthétiques prendre le large, plus loin (‘Abandonned Gate’). La formule de Crystal Hell Pool n’oublie pas de faire mouche dés les premières secondes. Un processus de séduction ultra-rapide qui nous fait pénétrer ce nouveau territoire, ce club fantasmé aux murs noirs que l’on aperçoit à peine, aux formes qui le peuplent sans pouvoir en définir clairement les contours où la nature, où le glauque et l’angoissant sont en conflit perpétuel pour finir par décider lequel prendra le pas sur l’autre. Au-dessus de tout ça, règne en maître incontesté ce groove entêtant et hypnotique que seules les quelques improvisations aux claviers viennent challenger un tant soi peu, pour le principe.
Crystal Hell Pool nous fait l’effet de porter vers la lumière cet habillage post-punk fin 70′s radicalisé par une approche électronique tout à fait actuelle; entre le bruitisme reconverti en notes de musique et le mélodrame sonore perpétuel. Des anti-tubes habilement façonnés pour sonner comme l’exact inverse de tout ce que l’on peut trouver sur les dancefloors les plus fréquentés de la planète. Pourtant, « Domain » ne parvient pas à faire complètement oublier le seul véritable reproche que l’on peut faire à la musique qu’il contient: sonner parfois plus comme des ébauches que comme de véritables parti-pris (30 minutes de musique pour 11 morceaux). Et la relative brièveté de certaines compositions ne fait qu’accentuer ce sentiment d’inachevé qui vient, au final, gâcher un peu l’écoute tant on aimerait pouvoir se noyer dans certaines compositions pour n’en émerger qu’après quinze minutes de répétitions incessantes. Un reproche sur la forme, donc, qui ne pèse donc pas suffisamment pour venir complètement ternir le fond, tout en bas, là où vous vous trouvez, en pleine écoute, à la merci des bribes d’images de thrillers qui cherchent à s’agripper à votre cerveau pour ne plus jamais le lâcher. Petit à petit, ces images se font envahissantes et s’insinuent insidieusement dans chaque recoin que vous tentiez de protéger un peu maladroitement. Là, elles déversent leurs déjections sonores, ces grooves à la fois sales et chirurgicaux, directement sur les terminaisons nerveuses qui parcourent votre organisme, à la recherche du point faible, celui qui vous fera basculer vers l’hypersensibilité et l’adhésion complète à la musique de Crystal Hell Pool. Et croyez-moi, quoiqu’il arrive, à force d’écoute, elles finiront par le trouver et s’acharner dessus encore et encore, alors que les beats tapent sur ces synthés qui crient leur souffrance, en guise d’écho à cette gêne et ce désarroi qui semblent avoir installés à tout jamais leurs quartiers en vous.
Bandcamp de Debacle Records (full streaming + order)