Déjà il y a le titre, magnifique. Il résume à lui seul la dualité de la musique blues et gospel, douleur/espoir, sentiments aussi intrinsèquement liés, qu’opposés. Sur Life is a problem… But where there is life there is hope l’espoir triomphe et emporte tout sur son passage.
Cette compilation est en fait le premier volet d’une série en cours dont Oh graveyard, you can’t hold me always était le second volume. Un troisième vient de sortir. Si Oh graveyard, you can’t hold me était plutôt orienté soul, Life is a problem… est résolument blues. La guitare est à l’honneur, et attention aux tympans, ici on joue fort, très fort. Ceci paraît incroyable et pourtant, bons nombres de titres présents sur la compilation sont joués par des hommes d’église. L’album s’ouvre avec Take a trip du Révérant Utah Smith. Un autre de ses titres, I’m Free, est présent sur la face B. Le premier a été enregistré en 1953, le second en 1947. Chacun des deux a de quoi faire crever d’envie 99% des soi-disant rockers qui ont officié ses 60 dernières années. Si on m’avait dit que Take a trip était un morceau de Chuck Berry, je l’aurais cru sur parole. En plus d’avoir été un as de la gratte le révérant fut également un showman extravagant et fantasque. Car non content de courir de long en large dans l’église en hurlant ses sermons et on jouant de la guitare à vous en faire saigner les tympans, il s’était confectionner des ailes qu’il s’accrochait dans le dos, ceci en référence à une autre de ses chansons, Two wings. On raconte même l’avoir vu voler, accroché à un système de cordes et de poulies. Il faut croire que la bible aussi a ses guitar-heroes.
Cela se confirme par ailleurs avec le second morceau étrangement intitulé A night in the house of prayer, alors qu’il s’agit de toute évidence d’une reprise de When the saints are marching in. Cette fois ci, c’est le révérant Lonnie Farris qui tient la guitare. Là aussi c’est difficile d’imaginer un homme d’église jouant cette musique pour ses ouailles. En effet, si on m’avait dit l’avoir vu à Monterey, habillé d’un costume flamboyant, jouer de la guitare avec les dents avant d’y mettre le feu, je n’aurais pas eu trop de problème à l’imaginer.
Avec Life is a problem… on apprend donc qu’a priori Dieu rien contre les guitares sauvages et c’est tant mieux. Il n’y donc aucun problème à se repasser en boucle Lord will make a way du révérant Anderson Johnson, ou I found a solid rock de Bishop Perry Tills, morceaux noyés sous les distorsions cradingues qui feraient passé l’album A ass pocket of wiskey de R.L. Burnside pour un disque des petits chanteur à la croix de bois. On en vient au final à se demander si le blues-punk n’est pas né 30 ans avant le punk. J’ai comme une envie subite de réécrire l’Histoire.
Encore une fois je ne tarirais jamais assez d’éloges sur les talents de compilateurs des gars de chez Mississippi Records. J’avais dit de Oh graveyard, you can’t hold me que c’était une compilation parfaite. Je vais devoir me répéter. Si les guitares endiablées dominent l’ensemble de la compilation (surtout la face A en fait), d’autres titres plus «apaisés » apportent une diversité bienvenue. A commencer par le morceau qui a donné son nom à l’album, Life is a problem de Sister Ola Mae Terrel, sur lequel la guitare, aussi saturée soit elle, se fait plus hypnotique que rageuse. Seat in the kingdom, des Crumb Brothers, lorgne lui du côté de la soul et en 2min 31sec fait plus de bien qu’une cure d’antidépresseurs de 6 mois (ceci est une image, je tiens à rassurer les lecteurs de cette chronique, je vais bien). Pray On est au moins aussi fabuleux, et est chanté avec une telle conviction et une telle foi douce et quasi maternelle qu’on se sent comme bercé et protégé. Standing in the safety zone fait penser à une chanson enfantine avec son rythme enjoué et entraînant. Lil school song aussi, mais en version nounours se prend pour un barde loner folk.
Je pourrais difficilement être plus enthousiaste concernant cet album, qui est à coup sûr mon coup de cœur de l’année.
Certains de ces morceaux sont vraiment bons. Il y a toujours ce feeling très « naturel », pour reprendre un peu ta remarque sur l’autre compil’ de Mississippi. On ressent bien l’enregistrement fait dans le quotidien, la musique qui est une part de cette vie quotidienne, une expression différente d’une manière de ressentir les choses autour de soi, sans artifices. Je vais me plonger dans ce disque là aussi, j’écoute « Oh Graveyard… » très régulièrement maintenant. :)
Merci pour le papier Johan.
Les Crumb Brothers s’appelent en réalité/également The Hightowers Brothers, 2 ou 3 autres morceaux sont dispos sur Youtube : http://www.youtube.com/results?search_query=hightower+brothers&oq=hightower+brothers
« On en vient au final à se demander si le blues-punk n’est pas né 30 ans avant le punk. J’ai comme une envie subite de réécrire l’Histoire. »
Carrément ! Il y a des musiques + histoires de bluesmen qui les feraient vraiment passer pour les premiers dingues/punks de la musique :p