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Articlé publié le 22 fév 2012 par .

Classé dans Chroniques.

Metro Zu, « Mink Rug » (Cry me a (di**) river(s))

« Mink Rug » est un non-album imparfait, constamment plombé par une série de défauts qui tiennent autant à l’amateurisme évident de ses géniteurs qu’au manque d’une dose supplémentaire de talent pour porter les morceaux, à tous les niveaux. Que ce soit du côté des productions ou des flows des protagonistes. Pourtant, « Mink Rug », parce qu’il surfe en permanence, volontairement ou non, sur ce petit côté « carton-pâte » doublé d’un humour assez limité mais diablement efficace, tourne sans discontinuer chez moi et n’a pas cessé de m’intriguer depuis les premières écoutes. Retour sur les nouveaux venus  originaires de Miami, Floride, qui gravitent autour du Raider Klan (Rvdxr Klvn) de SpaceGhostPurrp.

Plus qu’un groupe ou qu’une réunion de musiciens, Metro Zu se définit comme un collectif artistique à part entière, autant versé dans la pratique musicale que dans la création visuelle ou littéraire. Enfin c’est ce qu’ils avancent, de manière très ironique, évidemment. Le collectif Metro Zu ne semble pas accorder beaucoup d’importance au statut d’artiste à proprement parler, proposant uniquement leur propre décodage de l’environnement musical bouillonnant qui les entoure. Se contentant d’apporter une courte précision aussi creuse que bizarrement très juste: « an interdimensional art clan sent from a utopian future to usher in the next level of Cyberpunk Funk ». Le n’importe quoi en guise de seule et unique ligne de conduite, je dois dire que ça n’est pas pour me déplaire.

Un bouillonnement que l’on retrouve à tous les niveaux, à commencer par ce « Mink Rug » en forme de cadavre exquis, qui met bout à bout plusieurs petites vignettes sonores, des tentatives de s’approprier de manière toujours imparfaite plusieurs styles en vogue, en les parodiant parfois, plusieurs manières de faire, toujours avec ce tropisme « Bay Area » que l’on ressent à fond, en arrière-plan, quoiqu’ils fassent. Ils, ce sont RubenSlikk a.k.a. King Astro Slikk the Magnificent, Mr B the Poshstronaut, Freebase a.k.a.
KingBaseRok and Lofty 305. Je veux dire, moins de sérieux, c’est compliqué. De quoi retrouver d’ailleurs une filiation pas si anodine que ça avec les tous premiers groupes US du début des 80′s et leurs mélanges de pseudos mi-kitschs mi-génériques.

Metro Zu réussit le tour de force qui n’est pourtant pas si facile: parvenir à n’évoquer, durant seize morceaux, et dans des formats toujours plus différents les uns des autres, que le sexe, la sexualité, du plus dégoulinant au plus énergique, ne négligeant aucun des détails fondamentaux de l’acte charnel, quel qu’il soit. Avec une propension à ce qu’il soit masculino-centré, et surtout centré sur la bite, soyons clairs. Étrangement, les Metro Zu le font toujours avec une dose d’humour qui donne à l’ensemble une cohérence certaine. Pour ne pas dire un charme certain. Je ne vous fais pas la liste complète mais s’enchaînent, entre autres, ‘Wet’, ‘Lean Head’, ‘One Nite’, le très évocateur ‘She Joggin’ et j’en passe.

 D’ailleurs, le titre « Mink Rug » lui-même désigne l’engin masculin dans toute sa turgescence et sa virilité. En y réfléchissant, on pourrait carrément présenter ce énième projet du collectif Metro Zu (le 30ème, à vue d’œil, j’ai choisi de ne pas compter) comme un hymne tout entier à l’acte le plus bassement rempli de stupre, de désir dégoulinant et de situations un peu (beaucoup) kitchs assumées. Comme 95% des morceaux enregistrés par le collectif à ce jour, j’imagine. Comparable, à un certain degré, à du 2 Live Crew de la grande époque ou à l’éminent « Sex Styles » de Kool Keith, son album concept orienté porno pur; et l’un de ses tous meilleurs disques d’ailleurs, sorti en 97. Evidemmennt, un « Sex Styles » avec moins de singularité, moins de talent sûrement aussi. Et K.K. était un personnage incroyable, une figure de roman. Ce que ne sont pas les Metro Zu, la comparaison s’arrête là. Mais côté humour, ils semblent pouvoir légitimement concurrencer, à leur niveau.

Aussi, dans la forme, Lofty, RubenSlikk, FreeBase et Mr. B ont laissé éclater leur créativité en développant leur approche très monomaniaque, à la limite de l’obsession compulsive, sur une variété de terrains en phase avec les dernières grandes évolutions du moment. Les frontières ayant tendance à s’affiner de plus en plus, Metro Zu fait le pari de s’approprier un maximum d’idées, de les pré-mâcher pour recracher des morceaux qui viendront se fondre du mieux possible dans l’univers protéiforme, coloré à l’extrême, du collectif. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, le tout fonctionne, plutôt bien. Jusqu’à une certaine mesure du moins. Lorsqu’il s’agît de donner dans le R’n'B suave et langoureux (Chikkhop), le rap booty/dancefloor bas du front (‘Properr’), l’hymne aux pimps (‘Pimpin Shit’, ‘Sell Ma Ho’) ou le flow susurré, complètement off beat, en apesanteur par moment, chaque expression est singulière. Le tout étant relié par l’unique thématique qui parcourt le disque. Comme je le disais plus haut, un mouvement primaire, une pulsation limite animale, avec une obsession adolescente (la fellation comme pratique port-étendard de l’ensemble, forcément). On retrouve pèle-mêle les influences « logiques » pour ce genre de jeunes rappeurs/producteurs: du UGK, du Future pour l’aspect synthétique de certaines prods, les délires textuels à là Lil B. ou Juicy J, ainsi que tout un ensemble de trucs faisant référence de prêt ou de loin à l’acte sexuel mis en musique.

Le long des 19 morceaux du disque, les Metro Zu s’adonnent à une forme de transformisme musicale aux allures de stand up totalement improvisé: un changement de costume, d’univers, pour aborder le thème exposé ci-dessus selon une multiplicité d’angles différents. Tout en conservant ce qui fait la force du collectif: un certain sens de la musicalité dans cet assemblage de prods riches et variées et de flows parfois très étranges, jamais identiques de l’un à l’autre,  pour des tentatives complètement foirées ou brillantes (le refrain réutilisé entre ‘Wave Cap’ et ‘Mink Rug’ est une illustration parfaite de cet état d’esprit). Metro Zu fait le pari de s’exprimer sur une multiplicité de terrains en variant les métaphores, les approches plus ou moins directes. Chaque morceau finit par apparaître comme un sketch avec ses codes et son univers particulier que Metro Zu vient repeindre à grands coups de WTF musicaux, le zgeg en main. Tout en parvenant à suffisamment élargir le discours, passant d’un ton plus que sérieux, voire grave, des productions angoissantes et épiques (‘C.O.D.’ sous ses airs de bataille rangée, nous balance un ‘Cocked back, target locked I’m bust to bust a nut up on her crotch’ qui donne le ton) à des envolées sucrées et langoureuses, façon Poetic Lovers perdus en 2012, pour attiser la curiosité de l’auditeur, à l’affût de la prochaine idée un peu débile.

Évidemment, cet assemblage de morceaux ne tient qu’à un fil, autour du thème global du disque, qui n’est pas à proprement parler un élément différenciant pour ce type de rap. Et la faiblesse de certaines apparitions au micro, le manque parfois d’un véritable charisme des protagonistes, pousse rapidement à brouiller les pistes, à ne plus savoir si l’on apprécie ou non ce qu’on écoute. Et puis « Mink Rug » n’est pas à proprement parler le projet véhiculant le plus d’idées musicales neuves et pertinentes, tout au plus du déjà-entendu bien réalisé et très à propos. C’est tout. Mais ça, c’est juste avant de lâcher prise et de laisser tomber avec le trop-plein de sérieux, Metro Zu est dans l’à peu près, navigue entre les zones tout en se foutant des styles, des genres, des codes. Tout est bordélique, rien ne semble réellement achevé. Ou peut-être que si.

« Mink Rug » n’est pas un disque, c’est une bande de potes qui se marrent en rappant  efficacement ou n’importe comment, en prenant du plaisir à parler de bites de la manière la plus inventive qui soit. Un plaisir réellement communicatif, quelque soit la posture adoptée, pour peu que l’on parvienne à rentrer un peu dans le délire du collectif.

Dernier truc: « Mink Rug » est en free download, comme tout ce qui est sorti sous le nom Metro Zu à ce jour. Ai-je besoin d’en dire davantage pour vous pousser à écouter ?

Site officiel de Metro Zu / Tumblr de Metro Zu (où l’on retrouve tous leurs créas’ et collages un peu délirants, plus ou moins réussis, ainsi que leurs différents projets/tapes publiés)

Toute la discographie du collectif est aussi par ici, sur ce Tumblr.

 

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